« Je continuerai à être moine! »

Trois questions posées au nouvel évêque…

Comment êtes-vous devenu moine?

« D’une certaine façon, par hasard! Je ne voulais pas être moine… J’ai juré une chose une seule fois dans ma vie, et cela a abouti à un parjure, car j’avais juré que jamais je ne deviendrais moine. Je trouvais moralement inacceptable de s’enfermer entre quatre murs, alors qu’il y a tant de choses à faire dans le monde, notamment pour lutter contre la souffrance. Mon idée était de devenir médecin.

A dix-neuf ans, j’ai découvert la foi de l’adulte – j’avais perdu ma foi d’enfant – en lisant la Bible, mais sans penser à une vie monastique. En attendant de savoir ce que j’avais réellement envie de faire, je suis entré au Séminaire à Louvain pour étudier la philosophie. Pendant mon service militaire,  j’ai connu l’abbaye d’Orval grâce à un ami qui y était candidat. Il avait insisté pour que j’aille voir ce qu’étaient les trappistes. Après trois jours passés là-bas, je me suis dit que c’était ce que je voulais être. Après cela, j’ai terminé mon deuxième cycle de philosophie à Leuven, puis je suis parti quelques mois en Amérique Latine, avant d’entrer à Orval. Voilà comment Dieu écrit droit sur une ligne courbe »

 

En quoi votre expérience monastique pourra-t-elle influencer votre ministère d’évêque?

« Je ne suis pas ‘Madame Soleil’, mais je pense que je vivrai mon ministère avec beaucoup d’ouverture et de liberté intérieure. Cela m’aura servi d’apprendre le détachement pendant quarante-cinq ans… J’ai osé accepter, et je me sens bien d’avoir accepté, même si c’est difficile pour ma communauté. Mais par rapport à moi-même, je me sens libre, et c’est certainement un fruit de ma vie monastique. Et aussi, pendant quarante-cinq ans, j’ai pu me poser la question: où est l’essentiel? C’est pour cela d’ailleurs qu’on est moine, et c’est avec ce bagage que j’arrive à Gand. Bref, je pense que je suis très libre par rapport à des choses très accessoires et de tout ce qui est décorum. J’espère que je pourrai réaliser mon ministère dans cet esprit »

 

Comptez-vous retourner vivre à l’abbaye d’Orval lorsque vous aurez achevé votre mission d’évêque?

« Si je peux répondre de façon beaucoup trop subjective, à un niveau pas assez spirituel et trop psychologique: oui, aussi vite que possible! Je reste très lié à ma communauté, et je me sens porté par elle. L’Esprit fait partie de ma devise (« Dans la joie du Saint-Esprit », NDLR) et celui-ci m’a poussé vers une chose à laquelle je ne m’attendais pas, et on verra ce que l’Esprit me réserve pour l’avenir. Mais affectivement, je suis très lié à ma communauté »

Extrait de l’interview du journal « Dimanche » (8 mars 2020): Propos recueillis par Christophe Herinckx