Tu es aussi « amateur de Netflix et plutôt fan de restaurants »?

« Imaginez-le sur son lit. Nous sommes au printemps 1521 et Ignace a 30 ans. Les jambes en bouillie, il est allongé. Sa convalescence s’annonce longue et éprouvante. Et il n’y a pas grand-chose à faire dans ce château de Loyola. Lorsqu’il réclame des romans de chevalerie, on ne lui trouve qu’une Vie du Christ et un récit de saints. Pas vraiment son truc. Ce qu’il aime, lui, ce sont les histoires de gentilhommes et de nobles dames, de batailles et de conquêtes. Il le reconnaîtra plus tard: longtemps, c’est ‘en s’adonnant aux vanités du monde’ et ‘avec un grand désir de gagner de l’honneur’ que l’homme s’était complu.

Imaginez-le donc, sur son lit. Car c’est là que la conversion va opérer. Lorsqu’il songe aux hauts faits qui lui permettraient de séduire une femme, il se sent enthousiaste. Mais pas longtemps; dans la durée, il sent son coeur triste et asséché. En revanche, lorsqu’il se plonge dans les récits qu’on lui a apportés, et qu’il s’imagine, lui, mener lui-même une vie pauvre, il se sent d’abord triste. Mais joyeux dans la durée.

Son choix se précise. Décidant de prendre le temps d’examiner ses pensées et leurs effets, il parvient à repérer celles qui vont dans le sens de Dieu. Et il décide de les suivre. En se faisant pauvre, pèlerin, Ignace de Loyola deviendra un grand homme. Et une source d’inspiration profonde. Encore aujourd’hui, 500 ans après son accident, et 400 ans après sa canonisation.

Amateur de Netflix et plutôt fan de restaurants, je crois pouvoir pressentir ce qu’Ignace a éprouvé. Lorsque je regarde une série ou que j’entame un bon plat, c’est l’enthousiasme qui domine. Mais dès que la fiction s’achève ou que l’assiette est vidée, il n’y a plus grand-chose. Souvent une sorte de fatigue. Parfois un peu de ballonnement… Les joies qui durent, je les éprouve ailleurs. Dans la tendresse et l’amitié. Dans les retrouvailles et les aurevoirs. Dans les paroles et les silences. Dans les liens, toujours.

Basique? Non, révolutionnaire!

Car au-delà des slogans, l’air du temps ne nous encourage pas vraiment à choisir les joies qui durent. Subtilement, nous sommes plutôt encouragés à errer dans l’insatiable quête de plaisirs qui ne nous combleront pas. Les vanités de notre monde…

Voilà pourquoi il est important d’imaginer aujourd’hui, Ignace, sur son lit. Et d’écouter, avec lui, ce que Dieu a à nous dire… »

(Vincent Delcorps, Edito du Dimanche, 16 mai 2021)

 

Nous sommes le 20 mai 1521…

Face aux troupes françaises, les Castillans sont sur le point de perdre la ville de Pampelune. La défaite est certaine, mais l’exploit n’en a que plus de valeur. Et Ignace a l’orgueil chevillé au corps. Jusqu’au bout, il se battra. C’est alors qu’un boulet de canon français lui broie les jambes. La douleur est insupportable. Mais le boulet vient de faire entrer l’homme de 30 ans dans l’Histoire. Car c’est en pleine convalescence, dans son château de Loyola, qu’Ignace décide de tuer le temps en lisant des récits de saints. Le charme opère, la conversion se profile. Le militaire ne retrouvera plus jamais son élégance, mais un fondateur est en train de naître.

En quelques années, la Compagnie voit le jour. En 1556, Ignace meurt à Rome. Dès 1622, il est canonisé, en même temps que François-Xavier, l’un de ses premiers compagnons.

Ce 20 mai, c’est donc une année doublement jubilaire (500e anniversaire du boulet et 400e anniversaire de la canonisation) que la Compagnie de Jésus vient d’ouvrir.

« Voir toute chose nouvelle en Christ » est le programme de cette année jubilaire…

Durant cette année, les jésuites, les ignatiens et leurs amis seront inités à faire mémoire de la manière dont l’Esprit Saint a guidé un homme dans sa décision de suivre le Christ. Et appelés à renouveler leur vie en s’inspirant de celle d’Ignace.

(article paru dans le même journal)