Pas d’ordination sacerdotale en juin, Quentin patientera jusqu’au 13 septembre !

 »Je ne suis pas seul à avoir postposé une célébration. Je vis la situation de beaucoup de couples qui auraient dû se marier dans les prochains jours. »

Quentin Collin s’est très vite douté qu’avec cette pandémie, son ordination sacerdotale ne pourrait avoir lieu en juin.  »Ce sera pour le mois de septembre » dit-il.  »Je pourrai ainsi vivre plus longtemps mon ministère diaconal » ajoute-t-il philosophe. Le ministère du service par excellence. Et le service, Quentin toujours prompt à écouter, entourer… sait ce que cela signifie. Rencontre avec le futur prêtre qui sera ordonné, à la cathédrale, le 13 septembre.

« A 7 ans, je suis devenu acolyte. Et par le service à l’autel, j’ai senti que Jésus pouvait être un ami sur qui je pouvais compter… »

Mais cet ami, Quentin l’aimerait-il assez pour lui donner sa vie ? Une question qu’il se posera très vite et à laquelle, pour trouver la réponse, il mettra bien des années.

Originaire de Habay-la-Neuve, Quentin Collin qui a soufflé, ce 5 juillet, les 30 bougies de son gâteau d’anniversaire a été élevé dans une famille chrétienne. Une grande famille de huit enfants, quatre garçons et quatre filles. Quentin est le deuxième de la fratrie.
Alors qu’il a 16 ans, un jeune séminariste arrive dans sa paroisse pour un stage d’insertion pastorale. Ce stagiaire, c’est l’abbé François Barbieux, aujourd’hui vicaire épiscopal et président du séminaire de Namur. ‘Quand j’ai vu arriver François, même si on ne se parlait pas, j’ai vu en lui, dans son engagement une réponse à la question que je me posais : ‘oui, un jeune peut se donner à Dieu.’ »
Si dans son cœur, la réponse se dessinait petit à petit, pas question pour l’adolescent très impliqué dans la vie de sa paroisse de se confier. Bien des années plus tard, il partagera son projet avec Gilberte Degeimbre, elle faisait partie du groupe d’enfants témoins des apparitions de la Vierge à Beauraing.
Après ses humanités, Quentin suit des cours pour devenir instituteur. Il ne garde que de bons souvenirs de cette période et de ses débuts comme instituteur. La première année comme enseignant, on lui confie les 1re, 2e et 3e années. Il est en plus le titulaire !  »Je passais le week-end à l’école sauf le dimanche matin où j’allais à la messe et j’enchaînais avec le repas de famille. Je n’avais aucune leçon de prête, il fallait tout construire. » A la rentrée suivante, on lui confie les 5e et 6:  »J’ai passé mes vacances à préparer les leçons comme cela mon emploi du temps a été allégé. Je pouvais ainsi aller à la messe tous les jours. Le job d’instituteur m’épanouissait vraiment… mais c’est ça le renoncement. »

Une réponse au signe demandé:

 »Un soir d’hiver, je suis allé à la messe à Rulles, à la chapelle Notre-Dame du Mont Carmel. Une chapelle au milieu du cimetière, il faisait noir, froid. Au moment où je franchissais la porte, j’ai entendu le prêtre dire ‘La moisson est abondante et les ouvriers peu nombreux…’ (Lc 10, 1-9) Dans mes prières, je demandais au Seigneur, un signe, une confirmation de mon choix… C’est ce que j’attendais. Ce passage de l’évangile, je l’ai fait graver dans mon dizainier. »
Sa décision est prise : il rentrera, en septembre, au séminaire. La veille de son départ en pèlerinage à Ars et à Paray-le-Monial avec son curé, l’abbé Gobert, il annonce la nouvelle à ses parents, il envoie sa lettre de démission comme enseignant… Ses parents acceptent sans toutefois trop comprendre ce revirement.  »Mon frère aîné m’a dit : ‘si c’est ton trip, vas-y’. Jamais je n’ai regretté ce choix même si l’enseignement m’a manqué. »
Aujourd’hui, il termine son temps de formation au séminaire. Il a en outre décroché, en philosophie, un bac canonique avec l’université du Latran et termine, actuellement, un bac civil en théologie. Pour son insertion pastorale, il a retrouvé à Marloie un certain abbé François Barbieux. Puis il est passé par Florennes, chez le chanoine Philippe Masson :  »Avec lui, j’ai découvert les marches de l’Entre-Sambre-et-Meuse. Mais aussi la joie de vivre, la bonne humeur et la fraternité du doyen. J’ai aussi beaucoup parlé de spiritualité et de la mission du prêtre diocésain. » La dernière partie de son stage, il la vivra à Rochefort, c’est là qu’il a reçu l’ordination diaconale.  »Avec l’abbé Jules Solot, c’était encore différent. Nous avons eu de bonnes discussions de fond. Comme il s’occupe de la formation des diacres permanents, j’ai pu en rencontrer plusieurs. J’ai découvert la notion de service sans laquelle on ne peut vivre aucun ministère. J’ai vu, en Jules, le serviteur de sa communauté. » Une communauté chaleureuse qui a pris en charge lors de l’ordination diaconale l’intendance.

Beauraing dans son cœur:

Il y a quelques mois, Yvonne, sa grand-mère s’en est allée. La grand-mère avec qui il avait tant discuté, tant partagé sur sa vocation, par exemple. Yvonne a beaucoup prié pour que son petit-fils s’épanouisse dans cette vocation :  »Sa mort est une grande souffrance » dit-il. Grand-mère encore avec qui il avait découvert Beauraing et son triduum des malades.  »Ma grand-mère voulait y aller mais pas seule alors je suis allé avec elle. Beauraing m’a encore aidé à creuser ma vocation. On m’avait demandé de prêcher le triduum qui aurait dû avoir lieu cet été mais, comme je ne serai pas ordonné, ce sera pour l’année prochaine.  »

Quentin Collin poursuit :  »J’aime beaucoup Beauraing où on prie Marie tous les jours pour les vocations. Je confie tout au cœur d’or de Marie. Je vais à Beauraing avant les examens, dans les moments compliqués… On va la voir à Lourdes et elle est venue chez nous, c’est une grâce. Elle est apparue pas n’importe où, à proximité du chemin de fer. Elle est venue dans notre quotidien. »
Lourdes qu’il connaît bien. Il y est allé à bien des reprises dont deux fois avec des séminaristes, au service des sanctuaires :  »Accompagner les pèlerins est un moment fort. Cela fait aussi du bien d’y rencontrer d’autres séminaristes, de ne pas avoir l’impression d’être les derniers des Mohicans. »
Si Quentin aime beaucoup Beauraing, il apprécie également Ars. Il continue à s’y rendre et toujours avec l’abbé Roger Gobert :  »Depuis que l’abbé Gobert m’a fait découvrir ce lieu, j’y vais chaque année. Je confie au bon curé la nouvelle année. Je lui ai déjà demandé, dans des moments plus compliqués, la force pour poursuivre le séminaire. Le curé d’Ars était un prêtre d’une telle humilité avec un tel sens du service. Il disait : ‘Le sacerdoce, c’est l’amour du cœur de Jésus.’ »

Le service inscrit en lui:

Le temps jusqu’à l’ordination est plus long. Plus de temps pour se préparer pourrait-on dire.  »C’est plus une préparation du cœur. On se sent petit et humble face à la mission tellement belle qui nous attend. Parfois, je me demande si j’en suis digne. Finalement, je me dis que le Seigneur m’a appelé. » En attendant, Quentin vit sa préparation dans la joie.  »Je me laisse porter. Avant l’ordination, il est demandé de faire une retraite de cinq jours. Je ne sais pas encore où je ferai cette retraite mais elle sera plus longue : je sens que j’en ai besoin. » Ces dernières semaines avant l’ordination, Quentin a la chance de les vivre avec Alexandre Wallemacq qui lui sera ordonné pour l’archidiocèse.  »On se soutient. » D’ajouter :  »Je suis d’un tempérament stressé mais je sais que j’aurai la grâce du moment. Pour l’ordination sacerdotale, tout est pris en charge, tu te laisses porter. »
Un futur prêtre qui voit son ministère comme un service :  »Je suis au service du peuple de Dieu, des communautés chez qui tu es envoyé. Ce ministère, c’est une nouvelle vie remplie de joie. Si je n’y vais pas joyeusement, ce n’est pas la peine de m’être préparé durant 7 années ! C’est un tremplin vers autre chose. » Un futur prêtre pour qui la fraternité sacerdotale est essentielle. Il se réjouit ainsi de bientôt faire partie du presbyterium, de ne pas être seul face à la mission.  »C’est essentiel » confie-t-il.
Cette notion de service, elle est rivée au plus profond de Quentin. Souriant, disponible… il a dû apprendre à dire non. Pour immédiatement compléter :  »C’est pour mieux vivre mes  »oui ». Membre d’une grande famille, il a appris très tôt les tâches du quotidien. Tenir son chez soi, faire la cuisine… il connaît. Lui qui aime la lecture, la musique a découvert lors du confinement le plaisir – et la nécessité – de faire du sport. Course à pied et marche sont à son agenda.  »Cela fait du bien, la vie est plus équilibrée. » Un agenda – et c’est un conseil de l’évêque, de Mgr Warin – où il devra apprendre à réserver des moments rien que pour lui !  »Il faut le faire avant que les cases ne soient remplies par d’autres choses. »
Lorsqu’il entrera le 13 septembre dans la cathédrale Saint-Aubain, Quentin Collin aura une pensée très forte pour sa grand-mère, Yvonne. Il aurait tellement voulu qu’elle soit là  »spectatrice » privilégiée de son ordination. Un moment d’émotion vite balayé :  »Elle a tellement prié pour mon ordination. Elle sera à la plus belle place non pas dans la cathédrale mais auprès de Dieu. »

Propos recueillis par Christine Bolinne (article paru dans le journal Dimanche : 23 août 2020)

Photo: Lors de son ordination diaconale, ses nombreux amis instituteurs étaient présents.