Sens-toi libre ou apprends à être libre…

J’écris ton nom : « liberté » ; quelle liberté ?

Il faut le dire : la liberté, cela a quelque chose de grisant ! Faire ce que je veux, comme je veux, quand je veux… Enthousiasmant, certes, mais en même temps, terriblement effrayant car cela nous renvoie à nous-mêmes, à tous les choix que nous posons, en résumé à notre conscience. Éduquer à la liberté, c’est donc en grande partie éduquer à celle de la conscience, selon le sens que nous donnons à celle-ci en tant que chrétiens : « Au fond de sa conscience, l’homme découvre la présence d’une loi qu’il ne s’est pas donnée à lui-même, mais à laquelle il est tenu d’obéir. Cette voix, qui ne cesse de le presser d’aimer, d’accomplir le bien et d’éviter le mal, au moment opportun résonne dans l’intimité de son cœur : ‘Fais ceci, évite cela’. Car c’est une loi inscrite par Dieu au cœur de l’homme ; sa dignité est de lui obéir, et c’est elle qui le jugera. La conscience est le centre le plus secret de l’homme, le sanctuaire où il est seul avec Dieu et où sa voix se fait entendre » (Gaudium et Spes, n° 16). Alors, écouter, simplement, la voix de Dieu ? Cela n’est pas si facile : on constate bien les excès de toute sorte dans notre société mais qu’est alors vraiment la liberté chrétienne ?

« Tout est permis mais tout n’est pas constructif » (1 Co 10, 23)

En régime chrétien, nous avons mieux qu’un code de la route pour nous guider, nous avons le Christ en personne. Évidemment, de prime abord, cela ne semble pas très évident : le Christ n’a jamais dit : « fais ceci » ou « fais cela » pour tous les aspects de notre vie quotidienne. Il nous a en revanche montré un modèle de charité, comme il le dit explicitement lors du lavement des pieds : « Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous » (Jn 13, 14-15). Et de manière éclatante par la croix. Il nous a aussi invités à Sa suite ; alors aujourd’hui, loin du contexte de Galilée du premier siècle, comment recevoir cela ?
Adrien Candiard l’écrit avec justesse, il s’agit surtout d’une amitié avec le Christ à laisser grandir : « Comme Paul l’a découvert sur le chemin de Damas ; la vie chrétienne ne peut être un ensemble de choses à faire pour mériter l’amitié de Dieu, mais l’accueil de cette amitié que le Christ propose. Et cette amitié, comme toute amitié vraie, ne s’impose pas à coups de commandements : elle se choisit librement. C’est elle qui, peu à peu, transforme le cœur de l’homme, non parce qu’il se sent coupable, mais parce qu’il se sait aimé » (Adrien Candiard, À Philémon – réflexions sur la liberté chrétienne, Cerf, 2019, p. 64). Il s’agira donc de chercher comment répondre à cet amour : pas d’autre éducation de la conscience. Pourtant, quoique libres d’y entrer, il n’en demeure pas moins que nous avons besoin de quelques repères clairs pour nous aider.

Faire croître la conscience grâce à la parole de Dieu

Parmi les repères, un lieu majeur de l’éducation de la conscience est bien l’accueil plénier de la Parole de Dieu. Mettons-nous à Son écoute, dans un climat de prière : elle est le moyen puissant qui vient révéler les zones d’ombre tout comme les zones lumineuses de nos existences, elle nous aide à choisir le chemin du plus grand bien. Ainsi, marqués par les paraboles comme celle du Bon Samaritain qui se termine bien par l’invitation du Christ « Va et, toi aussi, fais de même » (Lc 10, 37), peu à peu, nous apprenons à transposer ces comportements dans nos propres vies, par analogie. Alors, si l’écoute est priante, elle se traduira en actes et ce sera bien « d’une manière admirable que se découvre à la conscience cette loi qui s’accomplit dans l’amour de Dieu et du prochain » (GS, n° 16). Ainsi, comme l’écrivait Didier Rimaud, c’est bien avec le Christ, fidèle compagnon de route, que se déroule notre éducation à la liberté : « Qui prendra la route vers ces grands espaces, qui prendra Jésus pour maître et pour ami ? L’humble serviteur a la plus belle place : servir Dieu rend l’homme libre comme lui » (Didier Rimaud, Pour que l’homme soit un fils)

 

(Par Isabelle de La Garanderie, dans Vocations n° 207, avril-juin 2020, p. 16-17)